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Fête civique du 10 août 1793

Préparation de la fête

Aujourd’hui 9 Août 1793, l’an 2 de la République française, le citoyen maire ayant convoqué extraordinairement le Conseil général de la commune icelui étant assemblé, le dit maire a ouvert la séance par la lecture du décret de la Convention Nationale, qui ordonne une fête civique au 10 de ce mois, dans toutes les municipalités de la république française, pour célébrer à perpétuité la victoire remportée sur le despotisme des Rois, par les enfants de la liberté à pareil jour de l’année.
En conséquence le citoyen maire a fait part d’un projet de fête pour être exécutée le dit jour 10 Août.
Sur quoi, le tout pris en considération, le Conseil Général désirant transmettre à son successeur dans l’avenir le plus éloigné la preuve la moins équivoque de sa parfaite adhésion à la révolution du 10 Août 1792, et de son acceptation libre et franche de la Constitution qui vient de nous être donnée, désirant aussi faire connaître à ses dits successeurs la manière dont a été célébrée la première fois dans cette commune, la fête civique décrétée pour honorer la mémoire des grands événements arrivés le 10 Août dernier.
A arrêté à l’unanimité, que le susdit projet de fête proposé par le citoyen serait exécuté demain, et qu’il serait transcrit sur ce registre, et que pour témoigner à la France entière tout le respect, et toute la reconnaissance dont il est pénétré, pour la Convention Nationale, deux membres pris en son sein seront nommés séance tenante pour aller lui porter incessamment copie du présent arrêté, avec celle du procès-verbal de la cérémonie, le tout accompagné d’une lettre adressée au citoyen Président de la Convention Nationale qui sera également transcrite sur ce registre.

Le Conseil Général procédant ensuite à la nomination des susdits deux commissaires pour allez présenter en son nom à la Convention Nationale , a fait choix des citoyens Dieulefit Beaulieu [1], notre maire, et le citoyen Ramousse, Commandant de la Garde Nationale de la commune, qui ont acceptés, et auxquels il a été recommandé de remplir l’objet de leur mission, avec toute la célérité possible
A encore été arrêté par le Conseil Général que le dit jour 10 Août, la commune offrirait à la messe du pain à bénir, que l’épouse du citoyen maire serait invitée à le présenter à l’autel et à faire pendant l’office une quête pour le soulagement des malades indigents de la paroisse, le montant de la dite quête pour être à l’instant remis en mains du citoyen Jean Louis Hommery, receveur de la commune, lequel en fera la répartition sur les mandats qui seront délivrés par les officiers composant le bureau de la municipalité.
Finalement il a été arrêté par le Conseil Général que le citoyen maire écrirait au citoyen Président du Comité de Salut Public, pour l’inviter à se rendre à la tête de son corps à la maison commune le dit jour 10 Août, pour aller d’abord à l’église avec lui et se trouver ensuite ensemble au reste de la cérémonie.
Fait en assemblée de Conseil général, séance publique les jour et an que dessus.

Compte-rendu de la fête

Aujourd’hui Dix Août au dit an, d’après l’arrêté pris le jour d’hier, le corps municipal étant entré dans le lieu de ses séances, de retour de la cérémonie qui vient de se faire, l’ordre et la marche de la dite cérémonie ont été détaillés ainsi qu’il va être dit ci après, pour servir après nous à ceux qui voudront y avoir recours.
Cette fête a été annoncée dans les deux assemblées du Conseil général, qui l’ont précédée. La veille elle a été annoncée par le son des cloches , par celui des tambours, et par la décharge de 12 grosses boêtes. [2]
Le 10 jour de la fête on battit les tambours à 6 heures du matin, on carillonna les cloches, et on tira les boëtes. Les habitants s’assemblèrent à l’église au coup de 9 heures, la municipalité municipalité en corps, auquel s’est venu réunir le Comité de Salut Public, sur l’invitation par écrit qui lui avait été faite , s’y rendit avec la Garde Nationale, en sortant de la maison commune, où cette Garde était venu la prendre .
La Constitution fut mise sur un carreau de satin, que l’on déposa sur la planche dont on se sert pour les pains à bénir, deux officiers municipaux la portèrent sur leur épaules. Elle eut une garde d’honneur de 12 fusiliers. Ce cortège arrivé processionnellement à l’église, la Constitution fut placée sur une table devant la chaise, cette table était couverte d’un tapis, les 12 fusiliers se tinrent par honneur, 6 d’un côté, et 6 de l’autre de la table.
Chacun ayant pris sa place, le citoyen curé entonna le Veni Creator, lequel étant chanté, on se rendit processionnellement à l’Arbre de la Liberté, où le citoyen maire prononça un discours analogue à la circonstance ; ce fait on continua d’aller en procession jusqu’à l’autel de la Patrie ; il était fait de gazon, et on l’avait dressé à l’endroit ou se tient la foire le premier Dimanche après la St Pierre, patron de la paroisse ; le citoyen curé y célébra les Saints Mystères.
A l’Offertoire l’épouse du citoyen maire présenta à l’autel le pain à bénir au nom de la municipalité ; elle fit ensuite la quête pour le soulagement des malades indigents de la commune.

La messe dite, le citoyen maire monta à l’autel de la Patrie, lut les droits de l’homme, et la Constitution, prêta et fit prêter à toute l’assemblée le serment de la maintenir au péril même de sa vie ; il voua à l’exécution publique tous les agitateurs, tous les accapareurs et tous les agioteurs [3] , jura guerre ensuite à la tyrannie et à tous les scélérats dont les vues tendraient à démembrer la République ; et vota des remerciements à la Convention Nationale pour le bonheur qu’elle vient de procurer à la Nation en lui donnant une bonne Constitution ; les plus vifs applaudissements se firent entendre de tous les côtés.
Ce fait le citoyen Commandant la Garde Nationale monta aussi à l’autel de la patrie, il fit un discours dans lequel il prouva la nécessité de brûler l’ancien drapeau chargé d’anciennes marques de féodalité, on brûla le dit drapeau, et de suite le susdit Commandant présenta au célébrant 3 flammes neuves que celui-ci bénit.
Pendant tout le temps de la cérémonie, ainsi que l’on avait à la messe au moment de la Consécration, on fit plusieurs décharges de boëtes, on chanta ensuite l’hymne des Marseillais.
Tout le monde s’embrassa et la municipalité en corps, suivie de la garde Nationale, laissant le peuple se livrer à toute l’allégresse dont elle donnait les plus vives marques, se retira en reportant à la maison commune la Constitution, dans l’ordre observé la matin. Y étant arrivé, le présent procès-verbal fut signé ainsi que la lettre que le Conseil écrit à la Convention Nationale en lui faisant passer par deux commissaires pris dans son sein , copie de son arrêté du jour d’hier, et celle du présent procès-verbal.
Fait les jour et an que dessus.

Copie de la lettre adressée au Président de la Convention Nationale

Le Dix Août 1793, citoyen Président,
La constitution que vous venez de donner à la France est le chef d’œuvre dans son genre le plus parfait qui soit encore sorti de la main des hommes. Cet ouvrage immortalisera votre législature, il fera le bonheur de la République, et successivement celui de tous les peuples de la terre. Après l’avoir examiné avec toute l’attention dont nous sommes capables, nous avons été l’accepter unanimement à l’Assemblée primaire de notre Canton, mais le vœu de notre cœur ne s’est point trouvé satisfait par cette acceptation générale, nous aurions désiré que nos faibles voix n’eussent point été confondues avec celles de neuf autres paroisses qui toutes avaient autant de zèle que nous, nous aurions voulu qu’il eut été possible qu’on eut vu dans l’assemblée que notre enthousiasme et les transports qui nous animaient aussi pour témoigner de notre joie, avons-nous saisi avec tout l’empressement possible, l’occasion de la fête civique que vous avez décrétée pour le 10 Août, nous l’avons célébrée avec cette allégresse, avec cette effusion de cœur qui ne sont bien sentis que par de vrais Républicains, nous avons donné de nouveau l’adhésion la plus solennelle à la Constitution, nous avons juré l’attachement le plus inviolable à la Convention Nationale ; le seul point de ralliement pour tout bon français, nous avons juré guerre éternelle à toute tyrannie, à tout fédéralisme, nous avons voué à l’exécution publique les agioteurs, agitateurs et les accapareurs, et du tout nous avons dressé procès-verbal sur les registres de nos délibérations, pour transmettre à nos derniers xxxx le sentiment de nos cœurs, et la manière dont nous avons célébré la première fois cette fête à jamais mémorable. Nous prenons la liberté de vous en envoyer un double ci-inclus, il contient l’expression naïve de ce que nous ressentons ; permettez, Père de la Patrie, que vous y trouviez aussi le témoignage le plus solennel de notre reconnaissance, de notre respect et de notre vénération profonde pour vous.
Suivaient la date et des signatures en grand nombre.

Résultat de la quête

Le dit jour 10 Août au dit an, l’assemblée tenante s’est présentée l’épouse du citoyen maire , elle a déposé sur le bureau la bourse avec laquelle elle a fait la quête pendant la messe à l’autel de la Patrie, l’argent qui était dedans avait été renversé et compté. Il s’est trouvé la somme de Quinze Livres Dix Sols, que le citoyen maire a sur le champ remis en mains du citoyen Jean Louis Hommery, trésorier de la commune qui le reconnaît. Et le dit maire a remercié la dite citoyenne quêteuse au nom de la municipalité.

Source : Archives Municipales de Vaux/Seine

[1] Dieulefit de Beaulieu a perdu sa particule…

[2] Boëtes :armes à feu

[3] Agioteurs :personne qui trafique sur les effets publics, sur la hausse ou la baisse de marchandises